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Quand art et intuition se mêlent : le projet Racines Carrées

IRIS Intuition lance un concours destiné à récompenser une création, une œuvre d’art en rapport avec l’intuition. Car l’intuition est impliquée dans la créativité, et particulièrement le travail artistique.

Depuis sa création en 2008, IRIS a participé à plusieurs projets artistiques. En 2010, IRIS ainsi a participé à un projet mariant art et intuition.

D’ordinaire, pour une œuvre de commande, on donne aux artistes un thème sur lequel ils laissent courir leur imagination. En ce qui concerne le projet Racines Carrées, réalisé en 2010, on procéda de manière inédite. Ce projet, auquel participa la ville de Bourges, L’Ecole Nationale Supérieure d’Art, la galerie La Box et IRIS, mit à contribution l’intuition pour déterminer le thème commun des œuvres. Trois artistes, Cécile Beau, Claire Fouquet et Marie-Jeanne Hoffner furent formées au remote viewing, méthode structurée qui permet la perception et la description intuitive d’un objet, d’un lieu ou encore d’un événement quelconque. « Les trois artistes voulaient chacune créer indépendamment une œuvre sur un thème commun, qui devait être fourni à partir d’un lieu à caractère archéologique. C’est alors qu’est venue l’idée d’utiliser l’intuition pour obtenir les informations sur ce lieu, plutôt que d’aller tout simplement se renseigner dessus à la mairie », se souvient le directeur d’IRIS, Alexis Champion, qui participa lui aussi au projet en tant que formateur des artistes et intuitif.

L’objectif était de créer une trame commune permettant l’expression individuelle de chacune des artistes. C’est la mairie de Bourges qui choisit le lieu destiné à les inspirer : l’ancien donjon de Bourges, un site historique majeur. A part le fonctionnaire municipal qui fit ce choix, tout le monde ignorait de quel lieu il s’agissait. Les artistes travaillèrent donc en aveugle par rapport à leur problématique d’exploration, comme la méthode du remote viewing le préconise. Aux artistes et à Alexis Champion de rechercher intuitivement les informations concernant le site. « Le challenge pour IRIS fut de faire monter rapidement les artistes en compétence. Deux sur trois partaient de zéro en matière de remote viewing » explique Alexis Champion.

Pourtant, en pratique, elles parvinrent à évoquer le lieu avec beaucoup de précision. Les descriptions étaient riches, en particulier les descriptions sensorielles qui parlaient d’un endroit pierreux, bétonné, métallique… Une fois mises en commun, les informations s’avérèrent nombreuses et souvent concordantes. Les trois artistes et Alexis Champion suggérèrent que le lieu choisi était une caserne, une base militaire – la fonction du donjon était d’accueillir les soldats… -, un édifice public, un édifice culturel. Marie-Jeanne Hoffner avança même qu’il s’agissait d’un donjon, mettant ainsi dans le mille. Elle ne l’apprendrait toutefois qu’après avoir achevé son œuvre, tout comme Cécile Beau. Seuls Alexis Champion et Claire Fouquet, qui dans son travail mêla les descriptions intuitives à des images réelles du lieu où se trouvait le donjon (et où se trouve la mairie de Bourges aujourd’hui), apprirent quel était le lieu peu de temps après la session de pratique intuitive.

« C’était de la créativité pure » souligne Alexis Champion. « D’une certaine manière tout venait d’elles, l’inspiration et la source de l’inspiration. C’était à la fois un travail collectif, au sens où toutes allaient dans le même sens et où les informations étaient mises en commun, et en même temps une démarche très individuelle. » Les œuvres devaient rendre compte du matériau obtenu mais aussi de la manière inhabituelle qui avait servi à le collecter. Chacune dans son style, les artistes réinterprétèrent les ressentis et les informations perçues intuitivement. Les corrélations entre leurs perceptions assurèrent la cohérence entre les diverses pièces de l’exposition, qui utilisaient différents média : vidéo, dessin, installation végétale et sonore, structure architecturale, sculpture et projection lumineuse.

« Le fil est tendu, entre méthodologie archéologique et libres associations. Il est aisé pour l’artiste de s’identifier à l’archéologue : dans la pratique, ils ont de quoi s’entendre.
 Notes, collectes, inventaires, découpages, mise aux carreaux, dessins, moulages, balayages au pinceau, photographies… C’est par l’exploration de la matière, l’intelligence de son emploi adéquat, qu’ils sont producteurs de sens. (…) Il faut reconstituer un tout cohérent, rassembler les fragments. L’énigme se donne comme un puzzle à reconstruire. C’est une investigation par indices : que comprendre de ce qui se donne à voir ? Allers-retours entre la preuve extérieure et l’évidence intérieure » peut-on lire dans le communiqué de presse de l’époque.

Pendant que les trois artistes s’affairaient à Bourges, une quatrième, l’italienne Meris Angioletti, était partie à New York pour rencontrer l’un des pères du remote viewing, Ingo Swann, lui-même artiste avant de se lancer dans la recherche scientifique sur l’intuition. Elle relata leur rencontre en imaginant le scénario d’une interview radiophonique. Elle y mêle le récit de leur entrevue, des considérations sur le remote viewing, et un commentaire décalé du narrateur sur le sens du travail artistique. En voici un extrait:

« On ne s’en rend pas compte, mais toute information est disponible en tout lieu même quand on ne la rationalise pas. La conscience la plus profonde peut voyager dans l’espace et le temps mais la majorité des gens ignorent ce voyage. » Ingo Swann

(…)

Qu’est-ce que vous voulez dire par information ?
« Si on considère la réalité à travers la théorie de l’information, on peut dire qu’elle est issue d’un code dont fait partie notre conscience. En se branchant sur le bon câble, on peut communiquer avec toutes les dimensions du réel. Le remote viewing est l’un de ces câbles. Le problème consiste à apprendre comment classer les informations qui nous parviennent et à éliminer les « bruits » parasites. Vous obtenez uniquement les informations dont vous avez besoin, mais vous pouvez aussi recevoir plus d’informations que vous n’en pouvez supporter. » Ingo Swann

L’intuition est au cœur de ce projet multiforme ; elle y est déclinée sous forme d’intuition d’un lieu distant dans le temps et l’espace – le site archéologique du donjon -, puis sous forme d’intuition artistique, exprimant et se servant de la première. Les deux s’entretissent pour permettre la naissance des œuvres. Sans doute impliquent-elles le même processus réceptif. « La créativité n’est pas assez prise en compte pour étudier le remote viewing et les phénomènes psychiques », faisait remarquer Ingo Swann à Meris Angioletti avant d’ajouter : « Mais je pense que c’est la clé pour les aborder. »


Pour aller + loin :

– Site de l’Ecole Nationale Supérieure d’Art de Bourges : Page consacrée au projet Racines Carrées
Site de Meris Angioletti
Site de Cécile Beau
Site de Claire Fouquet
Site de Marie-Jeanne Hoffner


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