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Intuition et Rock’n’roll

Bob Dylan vient de recevoir le Prix Nobel de Littérature. L’occasion de vous raconter comment il a mis au monde « Like a rolling stone », renouant avec sa créativité dans un pur moment d’intuition. L’histoire est résumée à partir du livre Imagine, How creativity works, de Jonah Lehrer.

Nous sommes en mai 1965. Bob Dylan atteint le point de rupture. Pendant quatre mois, il a enchainé les concerts aux Etats-Unis à un rythme effréné. Entre deux performances, il a donné des interviews, répondant sans fin à des questions ineptes, depuis « qu’est-ce que la vérité ? » jusqu’à « pourquoi y a-t-il un chat sur la couverture de votre dernier album ? » Il est célèbre, soulé, déprimé. Lorsqu’il arrive à Londres, il ressemble à un « ange sous-alimenté », plombé par la drogue, la nicotine, et l’insomnie. Il porte toujours avec lui une machine à écrire, qu’il utilise dès qu’il le peut. Mais son intérêt pour la création musicale est en train de s’essouffler. « Je jouais beaucoup de morceaux que je ne voulais pas jouer. Je chantais des paroles que je ne voulais chanter » dira-t-il de cette période. Il annonce alors à son manager qu’il arrête la musique. Après avoir donné ses derniers concerts à Londres, il rentre aux Etats-Unis, et quitte New York sur sa moto, direction Woodstock. Il n’emporte même pas sa guitare.

Il lui faut quelques jours pour s’adapter au calme de Woodstock. Soudain, Bob Dylan se retrouve seul, avec pour tout bagage un carnet de note vierge, et aucune obligation de le remplir. Prenant la décision de renoncer à la musique, il s’est affranchi du devoir de créer. Pour la première fois depuis des années, il ne s’inquiète pas de la prochaine chanson à écrire. C’est alors qu’il est envahi par une sensation étrange, « difficile à décrire (…), la sensation que vous avez quelque chose à dire ». Il attrape un crayon et écrit sans interruption, pendant des heures. « Je me suis retrouvé en train d’écrire cette chanson, cette histoire, de la vomir, sur une vingtaine de pages. Je n’avais jamais rien écrit de tel auparavant, et soudain, il m’est apparu que c’est ce que je devais faire. »

La chanson commence comme un conte pour enfants – Once upon a time (il était une fois) – mais ce n’est pas un conte de fées. Il n’a aucune idée de la suite. Il décide donc de suivre aveuglément le « fantôme » qui a pris les commandes – c’est ainsi qu’il appelle son inspiration créatrice – et qui l’entraîne, au fil des pages, d’une image à une autre, toujours plus inattendue.

Once upon a time you dressed so fine
You threw the bums a dime in your prime, didn’t you ?
People call, say, « Beware, doll, you’re bound to fall. »
You thought they were all kiddin’you.

En écrivant ainsi, laissant ouvert le champ des possibles, il échappe aux catégories imposées de son domaine musical, explique Jonah Lehrer. Quand Dylan arrive au refrain – et il sait que c’est le refrain dès qu’il le couche sur le papier – il devient évident que la chanson a le pouvoir de vous prendre aux tripes :

How does it feel
To be without a home
Like a complete unknown
Like a rolling stone

Dans la semaine qui suit, le 15 juin 1965, la chanson est enregistrée au Sudio A à Columbia records, New York City. Ces six minutes de musique révolutionnent le rock’n’ roll. Plus tard, Bruce Springteen affirma qu’entendre cette chanson à la radio fut l’un des moments les plus importants de sa vie. L’été suivant, lors d’une interview, Bob Dylan expliqua que la création de « Like a rolling stone » l’avait ramené à la musique. Alors que le fantôme avait pris les commandes, dans sa cabane à Woodstock, « il n’écrivait pas seulement un single de pop music » conclut Jonah Lehrer, « il réécrivait les possibilités de la musique. »

Source : Imagine, How creativity works, Jonah Lehrer Houghton Mifflin Harcourt, 2012


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