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« Causal, causal, c’est tout ce que l’univers sait faire ? »

Une définition de l’intuition est qu’il s’agit d’un accès à de l’information se trouvant, sans qu’un doute soit permis, hors du champ de perception « classique » du sujet qui connaît l’expérience intuitive. Soit parce qu’il est impossible pour cette information de se frayer un accès direct à l’un de nos cinq sens; soit parce qu’il est impossible pour cette information de parvenir au sujet en respectant une loi de la nature supposée inviolable qu’on appelle la causalité.

C’est le cas lorsqu’on a l’intuition d’un événement qui ne s’est pas encore produit. Temporellement, cet événement se trouve dans le futur de l’observateur – le sujet intuitif. Ressentir son existence viole le principe de causalité, qui affirme avec force qu’une cause doit toujours être antérieure à son effet. Il est impossible à un événement de venir influencer un autre événement ou un « observateur » situé en amont dans le temps. Or signaler à un observateur son existence par le biais d’une intuition ou d’un ressenti, est bien une façon de l’influencer. Ceci violerait la loi de causalité. C’est pour cette raison que de nombreux physiciens sont fâchés, notamment, avec la divination ou les rêves prémonitoires. La causalité est un des principes fondamentaux de la physique depuis Newton. Sans lui, tout l’édifice de notre science rationnelle s’écroule.

La première question à se poser est : la direction d’écoulement du temps existe-t-elle ? La physique nous parle objectivement de cet écoulement : il n’est pas qu’un « ressenti ». L’écoulement du temps est ancré au cœur de nombreux processus physiques et de plusieurs lois de la nature. Il est flagrant dans la seconde loi de la thermodynamique (la science qui étudie les systèmes complexes tels que les gaz, ces collections d’innombrables atomes et molécules), qui dit qu’un système isolé évolue spontanément vers son état le plus probable, qui est celui du désordre, de la destruction et de la mort. On retrouve la direction du temps en cosmologie (la science qui étudie les débuts, l’évolution et la structure à grande échelle et les destins possibles de l’univers), et bien évidemment en biologie. On appelle cet écoulement du temps aux multiples avatars la « flèche du temps ». Cette flèche du temps, flagrante dans notre quotidien, reste mystérieuse pour les physiciens.

En physique contemporaine, le temps lui-même, -et ce depuis la relativité d’Einstein- est une grandeur physique à la réalité objective sérieusement mise en doute : ce serait au mieux une dimension comme une autre (au même titre que les trois dimensions d’espace), au pire une « émergence » – autrement dit, une illusion totale. En mécanique quantique, par exemple, le temps ne possède aucune direction privilégiée : passez le film à l’envers et ce que vous observez est encore une image cohérente du monde, impossible à distinguer de l’autre version du film (passant à l’endroit). C’est comme ne plus pouvoir distinguer entre la gauche et la droite, ou le haut et le bas, dans l’espace. Autrement dit, la flèche du temps se manifeste à nos échelles, mais elle semble absente du niveau fondamental de l’univers.

Mais alors, si la causalité découle de la flèche du temps (ce qui distingue une cause et son effet, c’est leur ordre dans le flux du temps), la causalité disparaîtrait-elle au niveau subatomique, là où le temps le temps n’a plus de direction ? Atomes, quarks et photons ne connaîtraient-ils pas la causalité ?

C’est le cas. La mécanique quantique prédit des résultats d’expérience bizarres pour notre sens commun, confirmés en laboratoire : l’intervention aléatoire d’un expérimentateur sur un système quantique peut rétro-agir sur ce dernier, c’est-à-dire, agir sur son passé, le forçant à adopter un comportement en réponse à l’intervention mais avant même que l’expérimentateur ait décidé d’intervenir !

Des expériences récentes « d’intrication quantique » montrent que sous certaines conditions des particules jumelées dans leurs états quantiques peuvent échanger de l’information alors qu’elles sont situées si loin l’une de l’autre qu’il faudrait que cette information voyage plus vite que la vitesse de la lumière. Impossible !, savons-nous depuis Einstein. Et pourtant, ça marche. On appelle cela la « non-localité ». La non-localité permet à certains systèmes quantiques de se moquer de la causalité.

L’intuition et les formes de perception qui en découlent choquent le physicien parce que la causalité et la localité semblent être mises à mal. Pourtant, on voit que l’ingrédient choquant existe déjà dans le monde subatomique, merveilleusement expliqué par la mécanique quantique. L’entorse à la loi de la causalité, l’inversion du sens du temps, y sont manifestes, et même arrogants. Faut-il pour autant chercher à expliquer l’intuition et les expériences de « perceptions non-locales » par la mécanique quantique ? C’est un autre débat.

Crédit Photo : choneschones et belchonock


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1 commentaire

  1. laurent Lavigne-Répondre
    06/04/2014 à 19 h 07 min

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