Robert Greuillet : « Le dessin crée un sentiment d’unité avec le visible. »

Les 6 et 7 octobre prochain, IRIS vous propose de suivre un stage de dessin (Mise à jour – Prochaine date : 8-9 avril 2017). Si vous pensez ne pas savoir dessiner, voilà l’occasion de vous étonner vous-même. Dans une interview, l’animateur du stage Robert Greuillet revient sur les particularités de sa méthode d’apprentissage.

Est-ce que tout le monde peut dessiner ?

Oui, le dessin d’observation est une capacité de base que tout le monde a. Ça consiste à dessiner fidèlement ce que j’ai sous les yeux. C’est différent du dessin d’expression, ou encore du dessin spontané. On dessine ce que les yeux donnent à voir.

Le but du stage, c’est donc d’apprendre à dessiner ce qu’on voit ?

Le but du stage, c’est d’abord d’établir une relation de confiance avec soi-même et de faire confiance à ses sensations et à ses sens. C’est essentiel, vital pour nous guider dans la vie. Si je vois quelque chose, et que mes yeux fonctionnent normalement, il n’y a aucune raison que je ne puisse pas le dessiner avec fidélité. Il y a beaucoup de gens qui doutent de leur perception. Si j’ai confiance en mes perceptions, j’ai aussi confiance en ma capacité à reproduire l’objet avec précision. Si je sais regarder, je sais dessiner.

S’agit-il d’apprendre à voir ?

C’est un autre but du stage. Cela vient peu à peu, souvent au bout de vingt minutes à une heure ou deux. C’est comme si les yeux s’ouvraient, comme si je m’en servais pour la première fois et que je savais regarder ce qui se présente à moi. Ça peut être un téléphone, une table, ça n’a pas besoin d’être d’une beauté fantastique pour m’apparaître sous un jour nouveau. Les yeux retrouvent une capacité d’émerveillement, quelque chose de simple et d’évident par rapport au monde visible. L’observation « première », « brute » pour ainsi dire, de ce qui est ; voilà la clé, et c’est ce qu’a montré l’américaine Betty Edwards, pionnière de ces méthodes d’apprentissage du dessin.

Stravinsky dessiné par Picasso. Le dessin est à reproduire à l’envers pour oublier « l’homme ». Reproduction trait par trait et forme par forme sans penser à ce qu’elles représentent, en suivant les lignes et en prenant des repères proches. Réalisé dès le début du cours, en 30 minutes.

Est-ce une redécouverte des formes, des couleurs ?

Formes, couleurs, mais aussi espace, surface, volume.

Le monde visible, ne l’avons nous pas sous les yeux tous les jours ?

Mais nos yeux sont prisonniers de l’idée qu’on se fait des choses. Si j’ai devant moi une chaise, je sais que c’est une chaise, ce n’est pas intéressant, trop banal. Alors que si mes yeux s’ouvrent, je peux regarder la chaise et la trouver parfaitement « émerveillante ». C’est ce qui s’est passé à la Renaissance quand le peintre allemand Dürer a commencé à peindre des brins d’herbe. C’était extraordinaire de pouvoir laisser la trace d’une observation fine et émerveillée de quelque chose d’anodin. Le dessin nous remet en lien avec cette capacité d’émerveillement de l’enfance, que nous avons tous et qui sommeille en nous; en tant que grandes personnes « savantes » nous nous en sommes éloignés.

Est-ce que l’observateur doit être dans un état de conscience particulier ?

Le fait d’observer lui-même met dans un état de conscience particulier. Il y a alors moins de mots, voire plus du tout. Je suis complètement moi-même, dans une présence intense à moi-même et à ce qui est autour de moi. J’ai une sensation de légèreté dans la tête et en même temps de pesanteur dans les pieds, comme s’ils étaient ancrés au sol. La poitrine ouverte respire profondément. Souvent les gens qui font le stage parlent d’unité du visible, d’unité de ce qu’ils ont sous les yeux et puis d’unité même avec les objets ou même l’espace qui est autour d’eux; comme s’ils étaient un avec l’espace. Vient une sorte d’apaisement très profond. C’est quelque chose de très simple et de très agréable. Dans cet espace de confiance, d’ouverture, d’unité et de simplicité, l’intuition émerge et se développe.

Est-ce qu’une expérience personnelle vous vient à l’esprit, d’un moment où vous dessiniez et où vous avez trouvé ce contact avec le réel vivant ?

Dès qu’on dessine, c’est ça. Sinon, à quoi bon dessiner ? Si je dessine en m’évertuant à trouver les proportions, c’est souvent ennuyeux comme tout, technique, laborieux; ça peut même être désagréable. En fait, j’en viens parfois à imaginer que le dessin est juste un moyen, une stratégie pour retrouver cet état de ressourcement, de communion avec ce qui m’entoure.

La rose est une forme considérée comme compliquée. Elle a été dessinée en cherchant les formes géométriques et les repères.

Quels exercices proposez-vous en atelier ?

Ces exercices forment un tout. Il y a toute une progression qui part du toucher tactile, avec la peau, pour aller au toucher visuel. Ce sont des exercices de toucher et de ralentissement. On passe du toucher tactile au toucher visuel, on ralentit : le dessin est là. C’est un savoir-faire simple qui n’est pas réservé à ceux qui savent dessiner.

Y a-t-il des freins, des blocages à dépasser ?

Dans le dessin, ce sont souvent les jugements que nous portons sur nous qui sont source de blocages. Nous pouvons nous dire « je n’y arriverais pas, c’est trop difficile, ça va être minable, on va voir que je dessine comme un bébé ». Mais si nous nous arrêtons, si nous prenons le temps d’écouter, nous nous rendons compte que la valeur en jeu, c’est l’estime de nous-même ou la confiance en soi devant son propre regard ou le regard des autres. Lorsque nous prenons conscience de cela, quelque chose se détend et nous passons l’obstacle du blocage. Nous prenons en charge notre propre progression, notre propre éducation, notre propre sensibilité et tout ce qui peut se présenter en termes de blocages, jugements, freins, appréhensions.

C’est donc une vraie plongée en soi-même ?

C’est pour cela que j’appelle les stages que je propose « Présence à soi-même ». C’est le paradoxe : plus j’apprends à regarder précisément le monde extérieur, plus je plonge en moi-même. D’ailleurs, la méthode utilisée pour faire émerger son intuition est très similaire à celle qu’on utilise pour le dessin : on se pose, on s’ouvre à soi, et on observe ce qui est perçu pour ce que c’est – hors des mots plaqués par le mental.

Crédit Photo : themalni – Fotolia.com


Retrouvez Robert Greuillet lors du stage « Dessiner avec le cerveau droit ». Cliquez ici pour en savoir +.


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